Sans CCMI, c'est légal — mais le filet de sécurité change complètement
Sur une parcelle divisée à Champigny-sur-Marne, un terrain de fond de jardin à Villiers-sur-Marne ou une démolition-reconstruction à Saint-Maur-des-Fossés, beaucoup de projets franciliens se montent sans CCMI (contrat de construction de maison individuelle). Parfois par choix architectural : on veut une maison dessinée, pas un catalogue. Parfois par nécessité : le terrain est étroit, en pente, en mitoyenneté, et aucun constructeur ne veut s'y engager à forfait. Parfois enfin parce que le projet est une extension lourde ou une surélévation, qui ne relève pas du CCMI.
Faire construire sans CCMI est parfaitement légal. Mais il faut savoir ce que l'on abandonne : la loi du 19 décembre 1990, codifiée aux articles L. 231-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation, impose au constructeur titulaire d'un CCMI une garantie de livraison à prix et délais convenus délivrée par une banque ou un assureur. C'est la protection la plus puissante du droit français de la construction pour un particulier. Hors CCMI, elle n'existe pas.
Ce guide détaille les contrats possibles, les assurances réellement obligatoires en 2026, les vérifications à faire avant de signer, et les fourchettes de prix 2026 constatées en Val-de-Marne et en Île-de-France.

Dans quels cas le CCMI ne s'applique pas
Le CCMI est obligatoire dès qu'une même entreprise se charge de la construction d'une maison individuelle jusqu'à deux logements sur un terrain dont le maître d'ouvrage est propriétaire, et qu'elle réalise au moins les travaux de gros œuvre, de mise hors d'eau et hors d'air sur plan fourni ou proposé.
Dès que l'on sort de ce périmètre, on est hors CCMI :
- Vous confiez les travaux à plusieurs entreprises distinctes (un maçon, un charpentier, un couvreur, un plombier, un électricien), chacune avec son propre marché. C'est le schéma dit « en corps d'état séparés ».
- Vous passez par un architecte ou un maître d'œuvre qui conçoit, consulte les entreprises et suit le chantier, sans jamais être lui-même l'entrepreneur.
- Vous construisez une extension, une surélévation ou un garage : ce ne sont pas des constructions de maison, le CCMI ne s'applique pas. Notre guide sur la surélévation de maison en zone urbaine dense détaille ce cas de figure fréquent dans le 94.
- Vous achetez en VEFA (vente en l'état futur d'achèvement) : c'est un contrat de vente immobilière, avec ses propres garanties.
- Vous êtes en contrat de promotion immobilière ou vous faites construire un petit collectif.
Attention au montage dangereux : certains opérateurs découpent artificiellement le chantier pour échapper au CCMI (une société pour le gros œuvre, une autre pour la couverture, toutes deux liées). Les tribunaux requalifient régulièrement ces montages en CCMI, mais le temps de la procédure, vous avez financé un chantier arrêté. Si l'interlocuteur commercial est unique et que les sociétés partagent dirigeant, adresse ou site internet, c'est un signal d'alerte.
Les trois contrats réalistes hors CCMI
1. La maîtrise d'œuvre + marchés de travaux séparés
Un architecte (obligatoire au-delà de 150 m² de surface de plancher pour un particulier) ou un maître d'œuvre conçoit le projet, monte le permis, consulte les entreprises, compare les offres et suit l'exécution.
- Honoraires 2026 en Île-de-France : 8 à 12 % du montant des travaux pour une mission complète d'architecte (esquisse, permis, consultation, suivi, réception), 5 à 8 % pour un maître d'œuvre en mission partielle.
- Avantage : vous gardez la main sur chaque lot, vous pouvez faire jouer la concurrence et réemployer, et la qualité architecturale est supérieure.
- Inconvénient : vous êtes maître d'ouvrage, donc coordinateur des aléas. Si le couvreur a trois semaines de retard, c'est vous qui portez le préjudice, pas le maçon.
2. Le marché de travaux avec une entreprise générale
Une entreprise tous corps d'état (TCE) prend l'ensemble du chantier, mais hors CCMI parce que le contrat est un marché privé de travaux classique (souvent référencé à la norme NF P 03-001). C'est le schéma le plus proche du CCMI en confort, sans la garantie de livraison.
Dans ce cas, le contrat doit impérativement contenir :
- Un prix global forfaitaire avec décomposition par lots (DPGF) et le sort des révisions de prix.
- Un délai d'exécution ferme et des pénalités de retard chiffrées (usage : 1/1000e du marché par jour calendaire).
- Un échéancier de paiement adossé à l'avancement réel, jamais à la date.
- Une retenue de garantie de 5 % (loi du 16 juillet 1971), consignée ou remplacée par une caution bancaire de même montant, libérée un an après réception.
- Les modalités de réception avec réserves et de levée des réserves.
3. L'auto-construction partielle
Vous réalisez vous-même les finitions (peinture, revêtements de sol, parfois cloisons). Réaliste sur le second œuvre, à proscrire sur la structure et le clos-couvert : un ouvrage que vous construisez vous-même n'est couvert par aucune décennale, et l'assurance dommages-ouvrage refusera de garantir ces parties.
Les assurances réellement obligatoires en 2026

La garantie décennale de chaque entreprise (article 1792 du Code civil)
Toute entreprise intervenant sur l'ouvrage doit détenir une assurance de responsabilité décennale, obligatoire depuis la loi Spinetta du 4 janvier 1978. Elle couvre pendant dix ans à compter de la réception les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination.
Ce qu'il faut vérifier, et que presque personne ne fait :
- L'attestation doit être de l'année en cours et mentionner nommément les activités déclarées (maçonnerie, couverture, menuiserie…). Une décennale « plomberie » ne couvre pas un mur porteur.
- Elle doit préciser le montant de chantier maximal garanti. Beaucoup de contrats plafonnent, par exemple, à 500 000 € HT de coût d'ouvrage : au-delà, la garantie tombe.
- Vérifiez l'entreprise sur l'annuaire des entreprises (annuaire-entreprises.data.gouv.fr) : numéro SIRET actif, date d'immatriculation, absence de procédure collective.
- Demandez à l'assureur, par simple courriel avec le numéro de police, la confirmation que le contrat est en vigueur et les primes payées. Une attestation PDF se falsifie en deux minutes.
À côté de la décennale, l'entreprise doit aussi porter une RC professionnelle (dommages causés pendant le chantier à vous ou aux tiers : voisin, voirie, réseau) et, sur le bâti ancien mitoyen francilien, c'est souvent elle qui sert en cas de fissuration chez le voisin. Le sujet est développé dans notre article sur le mur mitoyen fissuré et la répartition des responsabilités entre voisins.
L'assurance dommages-ouvrage : obligatoire pour vous, maître d'ouvrage
C'est le point que la majorité des particuliers ignorent. L'article L. 242-1 du Code des assurances impose à toute personne qui fait réaliser des travaux de construction, y compris un particulier pour sa propre maison, de souscrire une assurance dommages-ouvrage (DO) avant l'ouverture du chantier.
Son intérêt : elle préfinance les réparations relevant de la décennale sans attendre la recherche de responsabilité. Sans DO, un plancher qui s'affaisse quatre ans après la réception vous impose une expertise judiciaire, un référé, parfois trois ans de procédure, et l'avance des travaux.
- Prix 2026 en Île-de-France : 2 à 4 % du coût total de la construction, soit environ 6 000 à 14 000 € pour une maison de 300 000 à 400 000 € de travaux. Les projets hors CCMI, en corps d'état séparés, sont tarifés dans le haut de la fourchette, voire refusés par certains assureurs.
- Le souscripteur doit transmettre à l'assureur le permis, les plans, le descriptif, la liste des entreprises et toutes leurs attestations décennales. D'où l'intérêt de les collecter avant le démarrage, pas après.
- Un contrôleur technique (bureau de contrôle agréé type Apave, Socotec, Qualiconsult, Bureau Veritas) est fréquemment exigé par l'assureur sur les projets hors CCMI : comptez 3 000 à 8 000 € pour une mission L (solidité) + éventuellement SEI, mais cette mission fait souvent baisser la prime DO.
Sanction pratique de l'absence de DO : pas d'amende pour un particulier qui construit pour lui-même, mais une difficulté majeure à la revente dans les dix ans. Le notaire mentionne l'absence de DO dans l'acte, l'acquéreur négocie — ou renonce.
Ce qui n'existe pas hors CCMI : la garantie de livraison
La garantie de livraison à prix et délais convenus est la protection emblématique du CCMI. Si le constructeur fait faillite ou abandonne le chantier, le garant désigne une autre entreprise, finance l'achèvement au prix du contrat et paie les pénalités de retard.
Hors CCMI, rien ne la remplace automatiquement. Trois parades partielles :
- Exiger une caution bancaire de bonne fin de l'entreprise générale. Rare, coûteuse pour elle, mais négociable sur les marchés importants.
- Fragmenter le risque en corps d'état séparés : la défaillance d'un lot ne bloque pas tout le chantier, et chaque marché reste de montant limité.
- Payer strictement à l'avancement constaté, jamais d'avance supérieure à 5 %, avec visite contradictoire ou visa du maître d'œuvre avant chaque situation de travaux.
L'échéancier de paiement : la ligne de défense n°1
Hors CCMI, l'échelonnement légal du CCMI (5 % à l'ouverture, 15 % aux fondations, 40 % à la mise hors d'eau, 95 % à l'achèvement) ne s'applique pas. Vous devez le reconstituer vous-même dans le contrat.
| Étape du chantier | Cumul payé raisonnable |
|---|---|
| Signature / préparation | 5 % maximum |
| Fondations achevées | 20 % |
| Murs élevés, planchers posés | 35 % |
| Mise hors d'eau (charpente + couverture) | 55 % |
| Mise hors d'air (menuiseries extérieures) | 70 % |
| Cloisons, plâtrerie, chapes | 80 % |
| Achèvement, avant réception | 95 % |
| Levée des réserves (retenue de garantie) | 100 % |
La règle d'or : le cumul payé ne doit jamais dépasser la valeur de l'ouvrage réellement en place. C'est la seule chose qui vous protège réellement d'une défaillance.
Les spécificités franciliennes à anticiper

Construire dans le Val-de-Marne, c'est presque toujours construire en milieu contraint.
- Le PLU et parfois l'ABF. Emprise au sol, hauteur, retraits, coefficient de pleine terre, nuancier de teintes : à Champigny-sur-Marne, Nogent-sur-Marne, Vincennes ou Joinville-le-Pont, les règles diffèrent d'une rue à l'autre, et les abords de monuments historiques imposent l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. Le dépôt se fait en ligne depuis la dématérialisation obligatoire des demandes d'urbanisme.
- Le sol. Gypse antéludien, anciennes carrières, remblais de bords de Marne et surtout argiles gonflantes : depuis la loi ELAN, une étude géotechnique G1 est obligatoire à la vente d'un terrain constructible en zone d'exposition moyenne ou forte, et une G2 AVP est indispensable avant de dimensionner les fondations (1 500 à 3 500 € en 2026). Sans elle, l'assureur DO peut exclure les désordres de sol, et la garantie sécheresse se plaidera mal.
- La mitoyenneté. Référé préventif ou constat d'huissier avant travaux chez les voisins (400 à 900 €) : indispensable dès que l'on terrasse, démolit ou fonde à proximité d'un mur mitoyen ou d'une meulière voisine.
- Les raccordements. Eau, électricité, assainissement : les délais Enedis et les conventions de branchement conditionnent la livraison. Nous les avons détaillés dans le guide raccorder une maison aux réseaux en Île-de-France.
- La RE2020. Tout permis déposé relève de la réglementation environnementale, avec les seuils carbone renforcés : l'étude thermique et l'attestation de prise en compte sont à intégrer au budget (900 à 2 000 €).
Réception, garanties après travaux et calendrier à tenir
La réception est l'acte juridique central : elle fait partir toutes les garanties. Elle se fait par écrit, contradictoirement, lot par lot ou globalement, avec un procès-verbal listant les réserves.
À compter de la réception :
- Garantie de parfait achèvement : 1 an, toutes malfaçons signalées, à la charge de l'entreprise qui a exécuté.
- Garantie de bon fonctionnement (biennale) : 2 ans, sur les éléments d'équipement dissociables — volets roulants, robinetterie, VMC, portes de garage.
- Garantie décennale : 10 ans, solidité et impropriété à destination, mobilisable via la DO.
Trois erreurs classiques observées sur les chantiers franciliens hors CCMI :
- Réceptionner tacitement en prenant possession des lieux et en payant le solde sans PV : vous perdez la possibilité d'inscrire des réserves.
- Oublier la déclaration attestant l'achèvement et la conformité des travaux (DAACT) en mairie dans les délais, ce qui bloque la conformité et complique la revente.
- Négliger les essais et attestations : attestation de conformité électrique Consuel, essai d'étanchéité à l'air exigé par la RE2020 — un sujet traité dans notre article sur le test d'infiltrométrie en rénovation.
Combien coûte réellement un projet hors CCMI en 2026
Fourchettes constatées en Île-de-France, hors terrain, pour une maison individuelle neuve :
- Entreprise générale TCE, finitions standard : 1 900 à 2 400 € / m² de surface de plancher.
- Corps d'état séparés avec maîtrise d'œuvre, finitions soignées : 2 200 à 2 900 € / m².
- Terrain contraint (démolition, reprise en sous-œuvre, accès difficile, fondations profondes) : majoration de 10 à 25 %.
À ajouter systématiquement au budget travaux :
- Honoraires de maîtrise d'œuvre : 5 à 12 %
- Étude géotechnique G2 AVP : 1 500 à 3 500 €
- Étude thermique RE2020 : 900 à 2 000 €
- Assurance dommages-ouvrage : 2 à 4 % du coût travaux
- Contrôle technique (si exigé) : 3 000 à 8 000 €
- Constat d'huissier / référé préventif : 400 à 2 500 €
- Taxe d'aménagement : voir notre décryptage de la taxe d'aménagement 2026 en Île-de-France
Soit, en pratique, 8 à 14 % de frais annexes au-dessus du montant des devis d'entreprises. Un budget hors CCMI qui n'intègre pas cette ligne est un budget faux.
Notre conseil pour sécuriser votre projet
Construire sans CCMI n'est ni plus risqué ni plus sûr en soi : c'est un transfert de responsabilité vers vous. Ce transfert se gère avec trois réflexes simples : des contrats écrits et détaillés, des attestations d'assurance vérifiées auprès des assureurs avant toute intervention, et un échéancier calé sur l'avancement réel.
Entreprise familiale depuis trois générations, certifiée RGE pour les travaux d'efficacité énergétique, BTPNE intervient tous corps d'état autour de Champigny-sur-Marne, Créteil, Saint-Maur-des-Fossés, Vincennes, Maisons-Alfort et Vitry-sur-Seine : gros œuvre, façade, toiture, menuiseries et second œuvre, en marché global ou en lots séparés, avec attestations décennales à jour fournies dès le devis. Nous travaillons aussi bien avec des particuliers qu'avec des architectes, des maîtres d'œuvre et des syndics de copropriété.
Vous avez un terrain, un permis en cours ou un projet d'extension lourde dans le Val-de-Marne ? Demandez un devis gratuit : nous vous remettons un chiffrage détaillé par lot, un planning réaliste et l'ensemble des pièces d'assurance nécessaires à la souscription de votre dommages-ouvrage.